Timo.

Après ma rencontre de Rose, je voulais raconter celle de Timo, dans le quartier de Châtelet, un jeudi soir de maraudes, à Paris. Parce que discuter avec Timo m’a montré à quel point il est vrai que le Christ visite les pécheurs en priorité, les vrais, les grands pécheurs, ceux que l’on rencontre rarement dans une vie occidentale protégée comme la mienne.

Timo, criminel et « guerrier du Christ ».

Timo doit avoir entre trente et quarante ans. Comme beaucoup de Roms, sa vie est faite d’errance. Cela fait quelques temps qu’il est installé à Paris et vit dans la rue avec d’autres membres de sa communauté. Auparavant, il a vécu sur les routes d’Europe de l’Est, notamment sur les routes d’Allemagne, soit en solitaire, soit en bande. Il a déjà tué des gens, volé beaucoup aussi, de l’argent ou du pain. Il a servi dans les forces ukrainiennes en 2016, où on lui a appris, entre autres, à « retrouver les gens avec le seul usage d’une puce GPS ». Une vie brutale donc, une vie meurtrière et criminelle, au service de l’Etat ou à son propre service. On serait tenté, à raison, de le qualifier de dangereux criminel et de ne voir en lui que ses innombrables péchés.

La conversion de Timo après un miracle physique.

Timo nous a parlé de sa foi. Comme beaucoup de Roms, il est catholique. Il a toujours, semble-t-il, cru en Dieu et il L’a toujours prié, quelles que soient les circonstances. Il y a quelques années, alors qu’il parcourait les routes d’Allemagne et qu’il venait de laisser un ennemi à demi-mort dans une station service, il s’est mis à avoir faim. Sur le bord de la route, en pleine campagne, aucune maison à l’horizon. Il se mit alors à prier et implorer Dieu de l’aider à trouver à manger. Une maison apparut, il y frappa, on lui ouvrit. Il implora qu’on lui donne à manger. On lui donna du pain, dans une région où, en général, quand on donne à manger, on donne toujours plus que du pain, on donne aussi des oeufs, des tomates et du fromage. Son premier réflexe fut d’insulter la personne qui ne lui donnait que du pain à manger. Puis il se tourna vers Dieu et décida de remercier la personne qui venait de le nourrir. En reprenant la route, il laissa un morceau du pain qu’on venait de lui donner au fond de son sac et décida que ce pain était béni par le Seigneur.

Pendant les trois semaines qui ont suivi, Timo continua son errance, vivant de ce qu’on lui donnait à manger, squattant ici et là. Partout où il allait, on ne manquait pas de générosité envers lui. Oeufs, tomates, pain, fromage s’offraient à lui. Et jamais un repas ne le rassasiait pourtant. La seule chose qui finissait par le rassasier, c’était de prendre un morceau du pain béni qu’on lui avait donné trois semaines auparavant. Le morceau de pain béni a suffi pour le nourrir, ainsi, pendant trois semaines, restant invraisemblablement intact, au fond de son sac. Après ces trois semaines, Timo a décidé de changer de vie. Il s’installa en ville et trouva un petit travail. Il résolut aussi de ne plus jamais voler pour du pain, car il comprit alors que voler pour se nourrir, c’était trahir la confiance dont on doit faire preuve, en tout circonstance, envers Dieu.

Comment la foi de Timo l’éclaire sur les enjeux du monde actuel.

Timo reste un pécheur. Il ne s’est pas transformé en ange pour autant. Pas de coup de baguette magique radical comme on aimerait parfois se l’entendre raconter quand on assiste à des soirées de prière et de guérison dans nos soirées parisiennes. Timo continue de faire preuve de violence, il dit qu’il se considère désormais comme un « guerrier du Christ », voulant mettre ses forces au service de la justice de Dieu, avec le danger bien sûr de se prendre pour un vulgaire et dangereux justicier, se défiant des lois humaines. Timo se trompe sûrement, à beaucoup d’égards.

Son analyse de la situation actuelle en France et dans le monde m’a parue néanmoins faite d’une clairvoyance toute divine. En nous parlant, il nous a exhortés à ne pas nous laisser corrompre par la peur, à ne pas « manger avec les loups pour risquer, plus tard, de pleurer avec les bergers ». La peur dont nos sociétés européennes actuelles sont désormais pétries et dans laquelle nos gouvernants nous entretiennent, notamment depuis le début de la crise sanitaire et maintenant avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. La peur qui amène certains d’entre nous, citoyens, chrétiens et catholiques français et européens, à collaborer activement à ce que notre société est devenue et ce que nos gouvernants en ont fait, une société du traçage et de la surveillance, s’approchant peu à peu, très progressivement, de ce que sont certains pays comme la Chine.

Je n’oublierai pas mes échanges avec Timo, je tâche de les garder dans mon coeur comme si c’était le Christ lui-même qui m’avait parlé. Je pense d’ailleurs que c’est bien le Christ qui, à travers lui, nous a enseignés ce soir-là.

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