Bravo, Victor, et merci !

Hier, sur CNews, dans l’émission « En quête d’esprit » animée par Aymeric Pourbaix, le thème de l’émission tournait autour du questionnement des mesures sanitaires par les catholiques français quant à l’interdiction de participer aux offices du dimanche. Parmi les invités, Victor, un jeune Youtuber de 19 ans, dont l’intervention m’a beaucoup touchée et qui, je crois, allait dans le sens qu’il faut que nous défendions.

Victor n’a fait preuve ni de colère, ni de haine, ni d’esprit revendicateur, revanchard ou identitaire lors de son intervention et réponses aux questions d’Aymeric Pourbaix. Soutenu par les clarifications des pères Cédric Burgun et Albert Jacqueline, il a expliqué de façon claire et aimante ce que voulait dire pour nous catholiques l’importance de l’Eucharistie, de la messe et de la communion, ce que les écrans avaient de mauvais en s’interposant dans la relation entre les personnes. Tout cela, sans pour autant faire de « La Messe » ou de « L’Eucharistie » une revendication matérialiste et cléricaliste, en rappelant et en reconnaissant tout de même que l’essentiel chez un chrétien tient d’abord en la charité et la pratique de l’Amour que Dieu nous donne autour de nous. Victor n’est tombé ni dans le piège cléricaliste identitaire ni dans le piège de la soumission aux directives gouvernementales, tout en gardant un ton aimant, exercice sûrement difficile lorsque l’on passe ainsi à la télévision à l’heure actuelle.

Quelle joie de voir prendre la parole des jeunes catholiques comme lui, dont le courage et le coeur sont à mon avis guidés par ce qu’il faut d’Esprit saint et d’amour.

Merci Victor pour ton témoignage et bravo pour ton courage.

Pour voir en replay l’émission dans laquelle Victor est intervenu : https://www.cnews.fr/emission/2020-11-15/en-quete-desprit-du-15112020-1018080

L’assemblée des saints à venir.

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’assister à la messe de la Toussaint à la paroisse Sainte Madeleine, tenue par la communauté de l’Emmanuel, à Nantes. Alors que l’annonce d’un nouveau confinement national était tombée quelques jours plus tôt, alors que nous pleurions avec maman le souvenir de Pierre-Marie, alors que la police faisait le guet devant l’église à la suite des différents attentats perpétrés dans des églises par des fous de l’islam, je nous vis tous, membres de l’assemblée, baignés d’une lumière nouvelle. La lumière du martyre, présent ou à venir, pour la gloire de Dieu. La lumière de l’Amour et de l’amour que nous sommes appelés à continuer de donner à tous en ce monde.

Oui, chacun des membres de cette assemblée était un reflet de l’assemblée de tous les saints, présents et à venir au ciel un jour, ici en France et dans le monde entier. Des personnes habitées par l’Amour du Christ.

Je ne sais pas comment nous devons nous positionner devant les persécutions présentes et à venir. Devrions-nous nous défendre par la voie des armes lorsque nos églises et nos prêtres sont attaqués ? Devrions-nous nous révolter contre un gouvernement qui nous enferme chez nous, ne nous donnant d’autre autorisation et d’inspiration que de commander des objets et de la nourriture en ligne en nous abreuvant de Netflix, Disney+ ou Amazon Prime ? Devrions-nous assister à la messe et nous réunir clandestinement ?

Je n’ai pas la réponse à ces questions. En revanche, je n’oublie pas que tout chrétien catholique est en attente, en attente du retour du Christ, et l’idée de ce retour nous remplit de joie. C’est cette joie qui doit d’abord et avant tout nous habiter et continuer de nous habiter pour affronter les persécutions présentes et à venir qui signent, selon moi, une possible Fin des Temps. La joie et la paix, le sentiment de la présence du Christ et de celle de la Vierge Marie et de sa douceur, doivent être nos seuls indicateurs pour décider de ce que nous devons faire ou non en la situation présente. Surtout, n’ayons pas peur ! Réjouissons-nous et continuons de témoigner de l’Amour autour de nous pour que, lorsque nous perdrons la vie terrestre au moment où Dieu le décidera, nous emmenions avec nous le plus d’âmes possibles rejoindre l’assemblée des saints.

Notre monde est triste parce qu’il ne pardonne pas.

Les événements et la douleur personnelle que je vis actuellement me font me confronter à l’incompréhension voire à la colère de ceux qui, dans mon entourage, ne comprennent ni n’acceptent que, chaque jour, je décide de pardonner le mal qui m’est fait. Ah, nous sommes bien dans un monde qui ne pardonne pas. Un monde de justiciers, de rancuniers, de petites ou d’immenses blessures, non lavées et non résolues par l’Amour et le pardon. Pas étonnant que nos familles s’effondrent voire s’étripent, que nos relations s’affaissent ou se sclérosent ! Le monde a oublié ce qu’est l’Amour, à savoir aussi la plus grande capacité de pardon possible, qui donne une joie nouvelle à chaque fois qu’on le met en pratique, une joie qui permet d’avancer, de rester profondément en paix, de continuer de vivre sans se rétrécir ni s’aigrir le coeur.

Quelle chance dans mon malheur j’ai de réussir chaque jour à pardonner autant qu’à demander pardon ! C’est ce qui fait que je tiens encore debout et que je m’affermis, tant sur le plan moral, physique, spirituel que psychologique. Pardonner, chaque jour, c’est ce qui me permet de continuer d’aimer, envers et contre tout. C’est ce qui me permet de regarder ceux qui me persécutent avec un regard plein de larmes, de joie et d’amour en même temps. Demander pardon à ceux à qui je fais du mal, autant que me pardonner à moi-même (grâce à Dieu) du mal que je fais, me permet aussi de continuer de vivre pour de bon. De vivre toujours mieux car avec un coeur toujours plus grand.

Bien sûr, il est parfois difficile de pardonner quand on a malheureusement vécu de trop grandes blessures. Cela peut prendre des années pour que le coeur et l’esprit se remettent, c’est humain, c’est normal. Pardonner peut demander quelque chose de surhumain. C’est dans ces cas-là que l’on peut penser que sans un Dieu aimant et surnaturel, impossible de pardonner avec nos seuls moyens humains ! Mais quelle joie quand on finit par y arriver ! Qu’est-ce qu’on se sent bien !

Alors pardonnons, pardonnons à nous-mêmes d’abord le mal que nous nous reprochons de commettre, pour pardonner à ceux qui nous entourent ! C’est ça qu’est bon !

Lettre ouverte pour ne jamais nous taire en voyant des vies se briser.

« Nous ne serons pas jugés sur les actes de nos ennemis mais surtout sur le silence de nos amis. » (Nelson Mandela).

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Dieu à Caïn dans la Genèse).

Notre pudeur, notre gêne, notre volonté de ne pas nous interposer, notre silence assourdissant, notre volonté de ne pas juger, ou que sais-je encore… Sachons que tout cela est bien le contraire de l’amour et n’est qu’indifférence destructrice. Cela est manifeste désormais : ni celui que nous voyons commettre le mal, ni celui qui le subit, ne sont réellement entourés par nous. Je suis désolée pour nous autant que pour celui qui de nos frères commet le mal ou le subit. Mon Dieu, que nous devons peu aimer pour choisir de ne rien dire, de ne rien faire, de rien soutenir, de n’exhorter à rien lorsque nous voyons des familles se défaire, des couples s’effondrer, des infidélités se produire, le mal arriver en somme.

Chaque jour, j’essaie de l’éviter et d’aimer. En tout cas, je fais tout ce que je peux pour aimer. C’est aussi parce que j’aime et veux aimer toujours l’humanité que je me permets aujourd’hui d’écrire ce qui ne va pas, ce qui ne va pas du tout. Je prie pour que nous nous rendions compte du mal que nous faisons en nous taisant, en choisissant l’écoute passive et l’inaction. C’est de notre salut à tous qu’il est question aussi ici. Je prierai toujours pour que notre cœur s’ouvre pour de bon et que la lumière se fasse en nous. La situation est très grave mais elle peut toujours se résoudre, c’est-à-dire que, jusqu’au bout, chacun de nous peut se rendre compte que ce qu’il pensait être de l’amour était tout sauf de l’amour, seulement de la passivité voire de la lâcheté et de l’indifférence.

Que nous faudra-t-il voir comme drame et comme horreur avant que nous ne nous décidions à agir, à dénoncer ce qui est mal, à encourager ce qui est juste et bon ? Des situations dramatiques chez nos proches nous font-elles rire avec un peu de gêne ? Nous font-elles dire : « C’est la vie, c’est comme ça, ne t’inquiète pas va, ça va aller. » Est-ce bien ça, l’humanité ? Est-bien ça la vraie liberté et le véritable amour ? Réfléchissons bien, tous ! Il est vrai que c’est malheureusement ainsi que va le monde aujourd’hui. On ne dit rien, on se refuse à dire ce qu’on pense, on « ne veut pas juger », on se refuse à penser en somme. Pourtant, cette attitude est bien le contraire de l’amour. Car on laisse alors le mal se faire et des vies se briser.

A ceux qui pourraient me demander de ne pas juger les actes en écrivant cela, qu’ils entendent bien que jamais je ne cesserai, bien au contraire. J’espère, toute ma vie, avoir le courage de dire à tous ceux que j’aime, en les écoutant et avec le plus de douceur, de compassion et de délicatesse possible, si j’estime que ce qu’ils font est injuste (c’est-à-dire que cela leur fait du mal ou que cela fait du mal aux autres). Cela n’est en rien de l’ingérence malveillante. Ce n’est pas limiter la liberté de l’autre que lui dire ce que l’on croit être bon et l’aider à faire face à la gravité de certains de ses actes. C’est bien au contraire l’aider à rester libre en y voyant clair quand lui-même se perd au gré des contingences de la vie. Si cela doit me coûter mes relations, mes amis ou même ma vie… J’espère avoir le courage de l’accepter. Et ne jamais cesser de prier et d’aimer.

Que Dieu me garde et nous garde toujours en revanche de jamais juger les personnes. Chacun de nous, quels que soient ses actes, quelque criminel ou complice du mal soit-il, est aimé, mérite d’être aimé inconditionnellement et peut être sauvé, s’il le souhaite, jusqu’au bout, jusqu’à la mort, sauvé par l’Amour.

Pour mon merveilleux frère Pierre-Marie.

Il y a quelque chose qui nous lie, quelque chose d’indestructible, que ni la mort ni les
épreuves ne peuvent défaire. Ce qui nous lie, c’est l’amour, l’amour que Pierre-Marie nous avions et que nous continuons d’avoir pour toi, c’est l’amour aussi que tu savais si bien manifester, cette chaleur, cette bonté d’âme, cette joie, cet humour. L’amour endure tout, l’amour surpasse vraiment tout, il vainc même la mort. Car oui, même si nous ne croyons pas qu’une vie existe après la mort, nous continuons de t’aimer et de nous souvenir de ton amour.
D’un pur point de vue humain et psychologique, notre amour pour toi perdure, et ton souvenir nous aide, m’aide en tout cas, à continuer d’aimer, de toujours mieux aimer. Aimer mes parents, les voir s’aimer, aimer chacun de mes frères et sœurs (et notre géniale belle-sœur Fanny !), aimer chacun de tes amis, aimer tous ceux qui m’entourent. C’est incroyable l’amour que j’ai vu se manifester cette année. L’amour qui nous a fait traverser l’épreuve de ta disparition, qui nous fait nous affermir dans nos relations. Cet amour c’est toi Pierre-Marie qui nous l’as donné et qui continues de nous le donner. Alors merci.

J’ai la chance de te sentir très souvent vivant près de moi, entre les épreuves et moi, entre les épreuves et chacun d’entre nous. C’est le cadeau de la Foi, de te sentir dans la gloire et
l’amour les plus grands, avec Jésus. Pour ça je remercie Dieu aussi chaque jour. Je t’aime
Pierre-Marie, et je t’aimerai toujours. Protège chacun de nous et chacun de nos liens, et
protège l’amour.

Comme l’écrivait le père Christian de la communauté des moines de Tibhirine : « A toi, et dans l’espérance de nous retrouver un jour, larrons en paradis, pour contempler, s’il plaît à Dieu, l’amour de notre Père, à tous deux. »

Le 6 juin, jour de rédaction de cet article, veille du premier anniversaire ta mort sur Terre, j’ai reçu avec l’évangile du jour la prière suivante que je restitue aussi ici :

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) 
carmélite, docteur de l’Église 
Poésie « Vivo sin vivir en mí » (Œuvres complètes; trad. par Mère Marie du
Saint-Sacrement; les Éd. du Cerf, 1995, p. 1221)
« Elle a tout donné »

Je vis mais sans vivre en moi ;
Et mon espérance est telle
Que je meurs de ne pas mourir.
Je vis déjà hors de moi
Depuis que je meurs d’amour ;
Car je vis dans le Seigneur
Qui m’a voulue pour lui.
Quand je lui donnai mon cœur,
Il y inscrivit ces mots : 
Je meurs de ne pas mourir. (…)
Ah ! qu’elle est triste la vie, 
Où l’on ne jouit pas du Seigneur ! 
Et si l’amour lui-même est doux
La longue attente ne l’est pas ;
Ôte-moi, mon Dieu, cette charge
Plus lourde que l’acier,
Car je meurs de ne pas mourir.

Je vis dans la seule confiance
Que je dois un jour mourir, 
Parce que, par la mort, c’est la vie
Que me promet mon espérance.
Mort où l’on gagne la vie, 
Ne tarde pas, puisque je t’attends,
Car je meurs de ne pas mourir.
Vois comme l’amour est fort (Ct 8,6) ; 
Ô vie, ne me sois pas à charge ! 
Regarde ce qui seul demeure : 
Pour te gagner, te perdre ! (Lc 9,24)
Qu’elle vienne la douce mort ! 
Ma mort, qu’elle vienne bien vite,
Car je meurs de ne pas mourir.
Cette vie de là-haut,
Vie qui est la véritable,
– Jusqu’à ce que meure cette vie d’ici-bas –
Tant que l’on vit on n’en jouit pas.
Ô mort ! ne te dérobe pas.
Que je vive puisque déjà je meurs,
Car je meurs de ne pas mourir.
Ô vie, que puis-je donner
À mon Dieu qui vit en moi
Si ce n’est de te perdre, toi, 
Pour mériter de le goûter ! 
Je désire en mourant l’obtenir, 
Puisque j’ai si grand désir de mon Aimé
Que je meurs de ne pas mourir.

Contre tous les néo-matérialismes.

J’entends par matérialisme la définition suivante qui m’est fournie par Wikipédia : « un système philosophique qui soutient que toute chose est composée de matière et que, fondamentalement, tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. ».

Nous avons fait de réalités matérielles l’essentiel de notre existence : non seulement les choses que nous possédons (cette forme de matérialisme est dénoncée depuis déjà longtemps par des mouvements prônant l’anti-consumérisme et la décroissance) mais aussi et surtout nos relations. Le matérialisme, en définissant toute chose par son caractère matériel, a contribué à détruire les relations de l’Homme au monde, des êtres humains entre eux et aussi l’égale dignité entre l’homme et la femme. C’est notamment à partir des révolutions menées notamment sous l’influence de la pensée des matérialistes des Lumières à la fin du XVIIIe en France que nous avons placé l’homme au travail en direction d’usine et remis la femme à la maison. L’homme et la femme se définissant d’abord selon ces gens-là matériellement, par leur physiologie et leur psychologie. C’est aussi le matérialisme des XVIII et XIXe qui a conduit (avec des prémisses dans les siècles précédents), aux pires considérations liées au concept de race humaine et de supériorité prétendue d’une race sur l’autre.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’opposent au matérialisme. Il m’apparaît néanmoins important de souligner que les pourfendeurs actuels du matérialisme tiennent eux-mêmes d’une forme de matérialisme sans s’en rendre compte. Ils prônent par exemple la Nature en la déifiant (végétarianisme, véganisme…), la Qualité (Made In France, procédés de fabrication des objets et du textile…), le Biologique… En fait, ces pourfendeurs du matérialisme font preuve d’une forme de puritanisme matériel étonnant. A l’opposé de la Beauté et de la Perfection idéalisés par les matérialistes, les néo-matérialistes déifient aussi le Corps et son Authenticité. Ainsi, on peut non seulement assumer mais revendiquer d’être gros, quand bien même on mettrait en danger sa santé. Un autre exemple : la revendication d’une identité d’abord en fonction de ma couleur de peau (phénomènes « BlackLivesMatters » et autres revendications communautaristes en fonction de la couleur de peau notamment aux États-Unis) constitue une autre forme de néo-matérialisme que je pense à peu près aussi destructrice que le racisme matérialiste des siècles précédents.

Ainsi, en prétendant détruire le matérialisme, des néo-matérialistes donnent une nouvelle forme à ce système de pensée qui continue de contribuer grandement aux malheurs de notre temps. Plus grave encore, parmi les pourfendeurs historiques du matérialisme que sont les catholiques, des formes de néo-matérialisme apparaissent. Par exemple, à la faveur du confinement lié à la crise du coronavirus, on a vu à partir du mois de mai 2020 des catholiques s’élever dans toute l’Europe pour réclamer le rétablissement de « la Sainte Messe » et signalant l’empêchement de la Communion hebdomadaire comme un danger pour leur « survie ». La « Messe » et la « Communion » ne sont pourtant jamais des fins en soi (d’ailleurs, le catéchisme de l’Église catholique oblige à communier une fois par an, non chaque semaine et encore moins chaque jour). La messe et la communion sont des manifestations matérielles et rituelles bien entendu importantes, cruciales pour maintenir notre lien avec Jésus et communier avec les saints mais ne sauraient jamais devenir des fins en soi. La condition de notre survie en tant que catholique, c’est la permanence de l’Amour entre nous, de l’Amour des plus pauvres et des plus pécheurs dans le monde.

Combattons donc le matérialisme et toutes ses nouvelles formes. Comment ? Voici des premières pistes de solutions orientées, je l’avoue, par ma foi catholique. D’abord, en cultivant le goût de la sobriété et de la vraie pauvreté matérielle et morale. Aussi, Dieu, la Sainte Vierge les saints d’intercéder pour nous ; enfin, en nous mettant chaque jour au service les uns des autres et particulièrement des plus pauvres, peut-être plus particulièrement des plus pécheurs, des plus méchants. N’oublions jamais qu’une réalité invisible, non matérielle, habite probablement le monde, que et que cette réalité se vit à travers des relations aimantes et humbles, en Jésus ; Jésus qui Lui seul peut nous sauver du péché et de la désespérance matérialiste.

Qu’avons-nous fait aux hommes ?

Ils m’entourent dans le TGV pour Nantes ce matin. Ils sont terrorisés, portent des masques à vingt ans et me regardent d’un air suspicieux parce que le mien est laissé négligemment sur mon menton. Frêlement vêtus, ils se frottent les mains de gel hydroalcoolique toutes les deux minutes. Pendant le confinement, j’ai vu les hommes autour de moi (mari, voisins, frères, collègues…) s’effondrer de peur,  de tristesse, se méfier à outrance de leurs voisins ou de leurs proches, se renfermer sur eux-mêmes quitte à tout détruire, ou se laisser dévorer par la colère et la concupiscence.

Qu’avons-nous bien fait aux hommes, nous, humanité, pour les rendre si misérables ? Qu’avons-nous donc pu bien faire pour les fragiliser au point que la moindre difficulté ou adversité leur devienne si insurmontable ? Les hommes sont-ils conspués de façon générale au point d’être devenus la pire version d’eux-mêmes ? Où est notre responsabilité ?

(edit septembre 2020)

Désormais, je me déplace toujours à vélo dans Paris. Il est vrai que l’étendue des pistes des cyclables disponibles depuis le confinement rend la chose facile. En route, je me vois souvent confrontée à des attitudes déplacées, limite vulgaires, de certains hommes lorsque j’ai le malheur de leur signaler leur incivilité (brûler un feu rouge en se mettant en danger et les autres autour d’eux, par exemple). « T’es mignonne toi, », semblent-ils dire en me souriant et en me regardant avec un air désolé. Je vois les hommes mépriser les femmes aujourd’hui. Je les vois me mépriser lorsque de cette façon je sens qu’ils ne me voient que comme comme un objet de séduction. Dans ces moments à vélo, j’en viens à me dire, terrifiée : « Mon Dieu. Et si, finalement, les féministes les plus guerrières de notre temps avaient raison ? Si les hommes étaient tous des salopards hérités d’un modèle patriarcal paternaliste pandémique ? ».

Il existe je crois aujourd’hui une entreprise de construction et d’entretien de la détestation des hommes pour les femmes, et des femmes pour les hommes.

Les hommes sont entretenus et éduqués à voir les femmes comme de jolies et mignonnes poupées au mieux, comme des objets de jouissance et de domination sexuelle pure au pire – le problème étant qu’en fait, en général, ces visions sont mélangées l’une et l’autre dans l’esprit des hommes.

Les femmes sont entretenues pour être soit des modèles de séduction et de réussite sur tous les plans, soit des guerrières qui valent bien l’égal des hommes ou qui devraient même prendre leur place dans la conquête pour la domination d’un sexe sur l’autre. On leur raconte depuis quelques années qu’il existe un complot patriarcal qu’il faut abattre à tout prix, même au prix de la tête de beaucoup d’hommes formidables.

Oui, il existe une entreprise de détestation et de division dont les causes me paraissent plus insidieuses qu’un prétendue « pandémie patriarcale ». Je crois fermement que ce qui contribue le plus à détériorer notre considération les uns pour les autres, ce sont d’abord le matérialisme, le consumérisme et l’individualisme, conduits eux-mêmes par le déni de toute spiritualité humaine et notamment de la foi catholique. Nous avons oublié que nous sommes tous issus d’un Dieu aimant qui a voulu nous voir nous aimer et notamment l’Homme aimer la Femme, la Femme aimer l’Homme. Les pires idéologies matérialistes, battant en brèche tout sens de la spiritualité, ont conduit à mettre la femme à la maison  et l’homme à la tête de l’usine lors des révolutions industrielles. Les idéologies consuméristes et individualistes de la prétendue libération des moeurs des années 70 ont ensuite laissé penser que le plaisir et la jouissance immédiate seuls pouvait être une fin en soi, une fin qui nous épanouisse soi-disant pleinement.

Lorsque le plaisir devient la fin en soi, il devient dictateur. Il devient dictateur et devient donc l’artisan d’une logique de domination entre les objets de plaisir.  La banalisation et la généralisation du porno, drame psychiatrique et psychique pourtant démontré, multipliant les scénarios de domination de l’homme sur la femme, laissant penser qu’il est normal qu’une femme se comporte dans la vraie vie sexuelle comme les actrices pornos, est un symptôme éclatant de l’échec de l’individualisme consumériste et de la détestation généralisée des hommes pour les femmes et des femmes pour les hommes.

Combattons, plus que jamais, cette violence matérialiste, et rappelons-nous qu’il existe un projet d’Amour magnifique entre nous. Celles de nous émerveiller les uns les autres. Les hommes de s’émerveiller devant le courage indestructible et l’intelligence des femmes, ces femmes qui portent la vie et qui savent, en leur corps, ce que cela veut dire que de la porter et de la défendre. Les femmes de s’émerveiller devant la force, la pudeur et la sensibilité des hommes lorsqu’ils la laissent se révéler. Les hommes d’apaiser l’inquiétude des femmes, les femmes d’aider les hommes à lutter contre leurs peurs et leur misère que souvent on leur apprend à cacher. Les hommes à tout faire pour faire plaisir aux femmes, et notamment de leur faire plaisir en écoutant ce dont elles ont besoin – notamment sur le plan sexuel. Les femmes, de laisser les hommes s’approcher d’elles et de se laisser aimer par eux, tout en leur apprenant qu’eux aussi ont le droit d’être aimés.

Oui, j’écris cette litanie d’affirmation sur les hommes et sur les femmes et j’assume sa grossièreté probable et ses généralisations hâtives. Je crois que beaucoup d’hommes et beaucoup de femmes, dont on ne laisse pas entendre la voix aujourd’hui, seraient heureux d’entendre ces grossièretés légères sur la beauté de l’amour possible entre l’homme et la femme.