L’amour et les conditions de l’amour.

La Miséricorde « a jailli des entrailles de Dieu pour la consolation du monde entier. » (Journal de Sainte Faustine, PJ 1517).

Dimanche dernier fut une journée de joie et d’épreuves lors de laquelle, à plusieurs reprises, je me suis retrouvée à discuter avec un certains nombre de mes proches de ce qu’est l’amour. J’observe que l’amour est bien difficile à définir en tant que tel. Je trouve plus facile de chercher les conditions qui favorisent sa naissance, sa croissance et son épanouissement.

D’abord, écouter l’autre, se mettre à son école, en s’oubliant soi-même s’il le faut.

Ensuite, et parce que l’on nourrit le souci et l’intérêt de cet autre, lui dire toujours la vérité sur ce que nous pensons. Fuir la duplicité, l’ambivalence et la séduction, favoriser la simplicité et la droiture tout en restant tendre. Droiture n’est en effet pas dureté. Un psy m’a dit un jour qu’aucune relation humaine ne devrait être teintée de violence quelle qu’elle soit. Aucune façon dure voire brutale de s’exprimer n’est légitime, même portée par des convictions profondes et par la volonté de bien faire. Venant d’une famille « au sang chaud » (une famille merveilleuse, il faut ici le rappeler) où l’on se met régulièrement en colère et où l’on affirme ses convictions brutalement (à l’aune de l’intelligence des uns et des autres), il m’a fallu et me faudra encore des années pour comprendre à quel point cette affirmation est vraie et bonne.

Ma prof de philo de terminale, parmi quelques assertions à mon sens assez fausses, nous fit voir un jour clairement cette vérité fréquemment observable : la brutalité voire la colère de quelqu’un n’est en général que la marque de la peine, de l’inquiétude voire la peur qu’il a pour lui-même. Interrogeons-nous donc sur ce qui nous fait nous mettre en colère. Bien souvent, les causes sont notre peur, notre orgueil ou notre jalousie (qui est elle-même une déclinaison de la peur et de l’insécurité). Les conditions de l’amour entre nous sont elles-mêmes conditionnées par l’amour et la tendresse que nous entretenons pour nous-mêmes.

Interroger et présenter à Jésus ces sources de notre brutalité, colère, de nos dépits, de nos rancoeurs, de notre dureté… peut aider à leur faire face, non pour chercher à les annihiler brutalement, mais pour les exposer au feu de l’Amour originel, celui de Dieu incarné par la personne du Christ. C’est avec le Christ que je parviens à m’aimer moi-même, à consoler mes peines, à apaiser mes peurs, à aimer mes manques, à gagner en humilité et à retirer en moi, tout doucement, chaque jour un peu plus, la colère, pour finir par me tourner vers l’autre avec la paix du coeur et pouvoir me mettre à son école.

Le Christ nous apprend en outre l’indispensable condition du prolongement de l’amour : le pardon. Le pardon n’est possible, (le demander ou le recevoir), que lorsque la personne s’est pardonnée elle-même et a travaillé les sources de sa colère. La capacité infinie du Christ à nous pardonner peut orienter notre propre capacité à nous pardonner les uns les autres. Sans pardon, et sans possibilité infinie de son renouvellement, l’amour ne peut durer et, chose plus grave, les âmes se dessèchent et peuvent finir par se noyer de colère, de rancoeur et de chagrin.

De la gravité de feindre l’ignorance.

Je suis incapable de pressentir ce que nous tirerons de la période extraordinaire que nous vivons actuellement à l’échelle mondiale. Peut-être des changements structurels dans nos façons de travailler, de vivre et de nous lier les uns aux autres. Peut-être quelques réajustements. Peut-être rien du tout. Etre dans le flou me paraît plus que compréhensible et justifiable. Ne pas prétendre savoir de quoi nos lendemains seront faits. Ne pas tirer de conclusions hâtives (surtout quand celles-ci nous offrent les moyens de nous complaire, dans le rejet du monde tel qu’il s’est développé jusqu’à aujourd’hui par exemple).

Je trouve en outre normal de ressentir de la tristesse, de l’angoisse voire de la peur. J’essaie de ne porter aucun jugement sur ceux qui, parmi mon entourage familial, amical et professionnel, font preuve manifestement de moins de courage, de ténacité ou d’abnégation que d’autres. Nous faisons face à quelque chose d’inédit pour la plupart d’entre nous, et nos gouvernants et médias n’aident pas à rendre la situation moins anxiogène.

Oh oui, je serais mal avisée de dénoncer la peur et l’incertitude dans laquelle chacun de nous peut se trouver en ce moment. Et je tâcherai de pardonner à ceux qui deviennent fous de peur, qui perdent la raison et peuvent en arriver à blesser physiquement ou moralement les gens autour d’eux.

Je m’avise en revanche, de mettre en garde ceux qui nieraient la gravité de ce qui nous arrive non à l’échelle humaine seule mais aussi à l’échelle spirituelle. J’interpelle particulièrement mon entourage chrétien et catholique à oser enfin, pour une fois, s’interroger sur le sens eschatologique de ce que nous sommes en train de vivre. A ne pas se complaire et se suffire dans l’attitude contrite et joyeuse de ce que le confinement peut nous amener à vivre de spirituel et de bénéfique pour nos cœurs, nos esprits, nos relations, nos familles. J’avertis chaque catholique du monde à prendre conscience du combat spirituel qui est en train de se jouer et de ce que préfigure d’antéchristique la crise sanitaire mondiale actuelle : le possible avènement d’un gouvernement mondial antéchristique, l’empêchement des sacrements, y compris le sacrement des malades et par-dessus tout, la destruction à moyen terme des relations humaines d’amour, particulièrement pour ceux qui meurent aujourd’hui seuls, à des fins de Sécurité, de Solidarité, de Responsabilité. Que chaque catholique se réveille, prenne conscience et prenne sa part du combat en cours. Sous couvert de « protection des plus fragiles » (remarquons comme notre gouvernement actuel s’est admirablement approprié la rhétorique et le vocabulaire de certains mouvements chrétiens catholiques pro-vies), nous ne pouvons plus nous déplacer, aller à la rencontre des uns et des autres, prier ou communier ensemble. Je n’appelle pas à nous réunir pour nous réunir, à communier pour communier. Je comprends la réalité de la crise sanitaire actuelle. Je souhaite néanmoins que mes amis catholiques demeurent éveillés et conscients de la gravité de ce qui se déroule.

Le Pape François, pendant sa bénédiction Urbi et Orbi prononcée à Rome hier vendredi 27 mars, nous a appelés, tous (croyants ou non !), à nous tourner vers Jésus, et vers les autres. Jésus est le seul capable de faire taire la tempête. Car il s’agit bien d’une tempête que nous vivons, tant sur le plan sanitaire, que sur le plan économique et surtout spirituel.

N’ignorons pas la gravité des événements que nous vivons. Prions, mettons-nous autant que possible au service des autres, ne laissons pas seuls les gens autour de nous. Restons courageux et confiants surtout, tout en demandant à Dieu de nous maintenir les yeux ouverts sur la réalité du combat spirituel mondial acharné qui est en train de se jouer.

 

Et si on oubliait un peu Descartes ?

Si je me souviens d’une chose de mes cours de philo de terminale L, c’est bien l’apprentissage de la théorie de Descartes consistant à séparer l’esprit du corps pour établir ce qui fait l’homme et son existence, faisant du « cogito » l’élément substantiel de la personne humaine. Je pense, donc je suis. (A noter que je simplifie ici grandement et ne prétendrais pas commenter ce qu’ont pu tirer de ce dualisme les philosophes après Descartes.)

La pensée occidentale a été profondément influencée par la révolution cartésienne : instiguer la nécessité de douter de tout pour pouvoir exercer sa pensée, faire de la pensée l’élément constitutif de la personne humaine, détaché de toute réalité matérielle.

Au fur et à mesure que j’avance dans la vie, je ne cesse de vivre des situations où cette théorie se voit mise à mal. En entreprise, bien des décisions en apparence rationnelles se prennent pour un mélange complexe d’intuition, d’émotions et de facteurs objectifs et rationnels. En société, la théorie du genre prétend nier la différence originelle de l’homme et de la femme, faisant de celle-ci une construction sociologique et culturelle seule. Que fait-on, dans cette considération théorique, de la différence toute simple et observable, de la différence du corps de l’homme et de la femme ? Les défenseurs de la théorie du genre répondraient que l’on verserait dans un biologisme dangereux en prétendant attribuer à cette différence seule une importance fondatrice. En un sens, ils auraient raison : il est tout aussi néfaste, je crois, de considérer strictement la réalité biologique et matérielle pour déterminer, définir ou décrire un sujet.

Il me semble capital de revenir à une considération intégrée des objets, des sujets et, avant tout, de la personne humaine : esprit et corps sont un tout, leur existence, leur évolution vont de pair, ils se répondent l’un à l’autre en permanence. Il est important de considérer les deux pour nommer et qualifier les choses. C’est d’ailleurs le sens de la souffrance ontologique et première de certaines personnes transgenres (au-delà de la souffrance liée à une éventuelle exclusion sociale et familiale) : on souffre profondément de ressentir cette dissociation entre corps et esprit, c’est bien parce que le corps a une valeur radicale par rapport au bien-être de l’esprit.

Quand on nous dit, à la messe, que « le corps est le temple de l’esprit », c’est aussi ce que cela veut dire. C’est d’ailleurs, je le crois chaque jour un peu plus, à travers la personne de Jésus que l’harmonie entre corps et esprit peut se rétablir et fructifier de la meilleure manière.

Continuons donc de contempler Jésus, de L’adorer, d’aller à la messe pour Le rencontrer et communier avec Lui, de faire attention à ceux autour de nous à travers qui Il peut venir nous parler, et de nous occuper de ceux qui ont besoin de Sa présence ! C’est ça qu’est bon !

A noter que Descartes peut être considéré comme l’un des fondateurs de l’idéologie franc-maçonne qui a envahi aujourd’hui la pensée commune. A ce sujet, n’hésitez pas à consulter ce que publie le penseur Philippe Ariño sur son blog l’Araignée du désert :

https://www.araigneedudesert.fr/tag/franc-maconnerie/

Renoncement et nouveaux dieux.

« On ne peut faire autrement. »
« C’est le sens de l’histoire. »
« Le progrès est là. »
« Que peut-on proposer d’autre ? »
« C’est la seule issue possible. »

Voilà le discours qui transparaît partout et qui nous amène à voter pour un monde multinational, vendu corps et âme aux multinationales, à l’Innovation, à la Technique, au Digital, à la Donnée, à la Blockchain, à la Start Up, à l’Intelligence Artificielle et à l’Écologie.

Quelle est « la seule issue possible » ?

Celle de reconnaître, non sans tristesse mais avec une ferme résignation, la défaite de l’Homme sur Terre car l’Homme est devenu un problème.

L’Homme s’abandonne car Il a définitivement renoncé à lui-même. Il a renoncé à son identité fondatrice de créature du Créateur. En maintenant ferme son état de créature, il eût pu espérer continuer à faire de grandes choses sur la Terre, des choses qui l’élèvent vers le Ciel tout en continuant d’embrasser sa condition proprement et pauvrement humaine : de la création artistique qui traverse le temps et les subjectivités, des progrès scientifiques au service de la raison, des œuvres qui ne massacrent pas son environnement.

L’Homme terrassé et séduit par la Bête, technique et merveilleuse, fantastique d’efficacité et de garantie de jouissance, lui étant tout acquis, ayant perdu la Foi, ayant accepté, en pleurant, avoir perdu la Foi, se retrouve paradoxalement voué à de nouveaux dieux : d’abord, il y a plusieurs décennies, la Consommation, la Liberté et l’Argent, puis maintenant plutôt le Bonheur, l’Amour, la Technologie, la Nature.

Entrer dans la confiance.

Parvenir à s’ abandonner à la Providence n’est pas simple. S’ abandonner à l’avenir et à l’action de Dieu dans nos vies, quelle belle et difficile tâche tout à la fois !

Cette capacité de confiance est intimement liée à la joie profonde du chrétien, marqué à jamais par la mort et la résurrection du Christ, la victoire de la Vie sur la mort dès l’origine. De quoi aurions-nous peur puisque la Vie a déjà gagné ?

Faisons confiance, réjouissons-nous donc même lorsque le monde nous paraît devenir si sombre. La mort est déjà vaincue, n’ayons pas peur !…

Prier, absolument.

L’exigence de la prière est aussi absolue que l’exigence du respect de la vie. Il faut prier pour chacun et chacune, sans condition (il faut ainsi prier pour les terroristes de cette semaine qui, selon la conception catholique tout du moins, restent aimés de Dieu, absolument, infiniment). Il faut également respecter la vie humaine sans condition (ainsi, rien, absolument rien, ne saurait justifier les violences et attentats perpétrés cette semaine, au même titre que rien justifie la tendance qu’ont nos sociétés modernes à chercher à administrer la mort légalement).

Ces deux exigences, indissociables l’une de l’autre, sont à mon sens condition de la survie de nos sociétés européennes et, bien au delà, de notre cohésion proprement humaine.