Contre tous les néo-matérialismes.

J’entends par matérialisme la définition suivante – qui m’est fournie par Wikipédia : « un système philosophique qui soutient que toute chose est composée de matière et que, fondamentalement, tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. »

Nous avons fait de réalités matérielles l’essentiel de notre existence : non seulement les choses que nous possédons (cette forme de matérialisme est dénoncée depuis déjà longtemps par des mouvements prônant l’anti-consumérisme et la décroissance) mais aussi et surtout nos relations. Le matérialisme, en définissant toute chose par son caractère matériel, a contribué à détruire les relations de l’Homme au monde, des êtres humains entre eux et aussi l’égale dignité entre l’homme et la femme. C’est notamment à partir des révolutions menées notamment sous l’influence de la pensée des matérialistes des Lumières à la fin du XVIIIe en France que nous avons placé l’homme au travail en direction d’usine et remis la femme à la maison. L’homme et la femme se définissant d’abord selon ces gens-là matériellement, par leur physiologie et leur psychologie. C’est aussi le matérialisme des XVIII et XIXe qui a conduit (avec des prémisses dans les siècles précédents), aux pires considérations liées au concept de race humaine et de supériorité prétendue d’une race sur l’autre.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’opposent au matérialisme. Il m’apparaît néanmoins important de souligner que les pourfendeurs actuels du matérialisme tiennent eux-mêmes d’une forme de matérialisme sans s’en rendre compte. Ils prônent par exemple la Nature en la déifiant (végétarianisme, véganisme…), la Qualité (Made In France, procédés de fabrication des objets et du textile…), le Biologique… En fait, ces pourfendeurs du matérialisme font preuve d’une forme de puritanisme matériel étonnant. A l’opposé de la Beauté et de la Perfection idéalisés par les matérialistes, les néo-matérialistes déifient aussi le Corps et son Authenticité. Ainsi, on peut non seulement assumer mais revendiquer d’être gros, quand bien même on mettrait en danger sa santé. Un autre exemple : la revendication d’une identité d’abord en fonction de ma couleur de peau (phénomènes « BlackLivesMatters » et autres revendications communautaristes en fonction de la couleur de peau notamment aux États-Unis) constitue une autre forme de néo-matérialisme que je pense à peu près aussi destructrice que le racisme matérialiste des siècles précédents.

Ainsi, en prétendant détruire le matérialisme, des néo-matérialistes donnent une nouvelle forme à ce système de pensée qui continue de contribuer grandement aux malheurs de notre temps. Plus grave encore, parmi les pourfendeurs historiques du matérialisme que sont les catholiques, des formes de néo-matérialisme apparaissent. Par exemple, à la faveur du confinement lié à la crise du coronavirus, on a vu à partir du mois de mai 2020 des catholiques s’élever dans toute l’Europe pour réclamer le rétablissement de « la Sainte Messe » et signalant l’empêchement de la Communion hebdomadaire comme un danger pour leur « survie ». La « Messe » et la « Communion » ne sont pourtant jamais des fins en soi (d’ailleurs, le catéchisme de l’Église catholique oblige à communier une fois par an, non chaque semaine et encore moins chaque jour). La messe et la communion sont des manifestations matérielles et rituelles bien entendu importantes, cruciales pour maintenir notre lien avec Jésus et communier avec les saints mais ne sauraient jamais devenir des fins en soi. La condition de notre survie en tant que catholique, c’est la permanence de l’Amour entre nous, de l’Amour des plus pauvres et des plus pécheurs dans le monde.

Combattons donc le matérialisme et toutes ses nouvelles formes. Comment ? Voici des premières pistes de solutions orientées, je l’avoue, par ma foi catholique. D’abord, en cultivant le goût de la sobriété et de la vraie pauvreté matérielle et morale. Aussi, Dieu, la Sainte Vierge les saints d’intercéder pour nous ; enfin, en nous mettant chaque jour au service les uns des autres et particulièrement des plus pauvres, peut-être plus particulièrement des plus pécheurs, des plus méchants. N’oublions jamais qu’une réalité invisible, non matérielle, habite probablement le monde, que et que cette réalité se vit à travers des relations aimantes et humbles, en Jésus ; Jésus qui, je le crois en tout cas pour ma part, peut nous sauver du péché et de la désespérance matérialiste.