Retour de session à Paray-le-Monial : grâces et gravité de la situation catholique actuelle.

Je me suis récemment rendue à une session dédiée aux 25-35 ans à Paray-le-Monial, sanctuaire et lieu de pélerinage, où chrétiens et catholiques croient que Jésus est apparu montrant Son coeur ouvert et enflammé d’amour à Sainte Marguerite-Marie Alacoque en 1675, lui disant, entre autres : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, […] jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart qu’ingratitude ».

Cela faisait dix ans que je n’étais pas revenue à Paray. Je m’étais décidée à la dernière minute, alors en désarroi sentimental et professionnel et je savais, en y allant, que je ne le regretterais pas. Quand on fait confiance à Dieu et qu’on choisit de se rendre là où Son Coeur est apparu, on reçoit forcément des grâces, même si celles-ci ne sont pas toujours celles attendues. Dieu nous surprend et sait mieux que nous quoi faire de nous.

Cette session me permit de recevoir une multitude de grâces autant que de constater la gravité de notre situation, à nous autres catholiques, notamment à cause notre peur d’aborder de front les difficultés du monde. Ce monde que nous sommes pourtant appelés à aimer radicalement, en Vérité. Je commencerai par exposer ce qui me paraît grave et terminerai par les grâces reçues.

Première source de gravité : américanisation de la Foi et de la pratique charismatique catholique.

Des méthodes de développement personnel dignes de coaches en entreprise et des novlangues (emploi très fréquent de termes détournés, tels la « Bienveillance » et la « Gratitude ». Auparavant, on disait simplement « Amour » et « Rendre grâce ». On ne dit pas encore « Je vous salue Marie, pleine de gratitude », que je sache). Une tendance à l’émotion très forte, avec par exemple la promotion de films et de la boîte de production américaine Saje à l’origine de beaucoup de très mauvais films américains faisant passer Dieu pour un magicien enrobé de guimauve et de sucre. Une veillée entière fut ainsi consacrée à la célébration de la Gratitude, faisant défiler sur scène un franciscain australien hystérique puis une jeune femme témoignant d’un coup de baguette magique divin intervenu dans sa chambre d’hôpital psychiatrique, le tout entrecoupé de chants bruyants à l’harmonisation douteuse, dans une ambiance d’hypnose collective.

Deuxième source de gravité : starification et snobisme intellectualisant.

Le parcours auquel j’ai participé, animé par un grand nom de l’intelligentsia catholique actuelle, s’est perdu en douces et belles considérations sur la doctrine sociale de l’Eglise et ce nouveau concept d’Ecologie intégrale actuellement à la mode sur la scène médiatique catholique. Notre intervenant a quand même réussi à nous demander d’ « oublier l’expression « foi du charbonnier. » » : selon lui, cette expression n’est pas digne d’un catholique, car un catholique doit se former et lire des livres. Allez donc dire cela aux simples d’esprit. J’interpelle d’ailleurs à ce sujet un grand nombre de séminaristes rencontrés à la session et ailleurs : j’espère que vous ne vous intéressez pas à la prêtrise par seul goût pour la philosophie, la théologie, ou quelque autre science. J’espère que vous vous intéressez à la prêtrise pour les âmes et les personnes que vous serez amenés à rencontrer et à qui vous devrez avant tout témoigner de l’amour simple et profond du Christ pour elles.

Troisième source de gravité : une peur généralisée au sein des organisateurs et intervenants que j’ai pu rencontrer.

Par volonté de ne pas faire de vague, j’ai vu l’intervenant de mon parcours refuser de parler du martyre rouge (possibilité de perdre sa vie terrestre) comme une possibilité pour tout chrétien à l’heure actuelle, comme ça l’a toujours été. Prendre le parti du Christ, c’est pourtant nécessairement s’opposer au monde et de là prendre un risque. Et de façon plus générale, un refus en bloc et généralisé parmi les organisateurs du parcours d’aborder de front les sujets d’actualité brûlants : crise sanitaire, homosexualité et transexualité, changement climatique, ultra-libéralisation, virtualisation et digitalisation du monde….

Première grâce : des amitiés nouvelles.

C’était la première fois que je me rendais seule à un événement pareil. Etre seule me permit de rencontrer un nombre incalculable de personnes et me fit vivre toute la semaine la joie indestructible de rencontrer les autres. J’ai eu particulièrement la chance de passer la semaine avec Cécile, amie de mes parents dans la Communauté de l’Emmanuel à Nantes. Cécile est bénie du Ciel, elle est en permanence dans une joie et une simplicité profonde, c’est incroyable. Elle est extraordinaire et à chaque fois que je la rejoignais pour passer la veillée ou prendre un repas ensemble, je me sentais habitée d’une joie et d’une paix toutes simples, dons très clairs de l’Esprit Saint à mon avis. Et qu’est-ce qu’on a pu rire ensemble, en louant, en chantant, en priant les textes, en faisant le ménage… Merci Cécile pour toute ta bonté et ta beauté.

J’ai aussi pu rencontrer Clémence et Marielle, Mathilde et Marie, Etienne, Brune, Emmanuelle, Reine… J’ai aussi retrouvé Perrine, une accompagnatrice que j’aime beaucoup rencontrée à A Bras Ouverts. Avec chacun, chacune, j’ai pu nourrir des échanges simples et profonds, confier ou me voir confier nos difficultés et joies respectives dans la vie et dans notre Foi.

Deuxième grâce : la joie d’être célibataire.

Me voici depuis un an célibataire malgré moi. Après quelques mois à profiter pleinement du célibat, état de vie, il faut le dire, fort enviable à beaucoup d’égards, je me trouvais inquiétée depuis quelques mois par l’impératif de rencontrer quelqu’un d’autre et de remarier. Me voici délivrée de cette fausse urgence et à nouveau dans la joie de croire que Dieu suffit, et que le temps d’une vie terrestre célibataire, si c’est dans cet état que je devais finir ma vie, n’est rien à côté de l’éternité mariée à Lui.

Troisième grâce : la promesse d’un ancrage encore inédit pour moi dans une paroisse, l’appel à rejoindre un groupe, une communauté vivante dans l’Esprit Saint.

J’ai toujours eu du mal avec les phénomènes de groupe. J’abhorrais la sortie de la messe le dimanche quand j’étais enfant et adolescente, où je voyais les catholiques faire des mondanités entre eux au lieu de se tourner vers le monde extérieur pour leur annoncer la Bonne Nouvelle. Je n’ai eu eu qu’une ou deux fois des bandes d’amis, et j’ai à chaque fois fini par couper les ponts, par agacement devant les comportements grégaires que celles-ci adoptent souvent.

Et pourtant, je me sens profondément appelée à rejoindre un groupe. Une paroisse en particulier, dans Paris, celle de l’Emmanuel, à Saint Nicolas des Champs peut-être. Je suis heureuse de cette perspective car je sais à quel point je souffre de me trouver souvent seule dans un monde déchristianisé. Nous verrons si cet appel se confirme ! Quoi qu’il arrive, j’ai toujours hâte de la rentrée et de la vie qui s’annonce, et ce malgré la direction dictatoriale que la France et les Français dans leur majorité semblent décidés à prendre ces jours-ci.

Dieu est vivant, Son Fils est Jésus, Son Don est l’Esprit Saint, Sa Mère est Marie, Son Coeur nous aime infiniment, Alléluia.

Bien à vous tous,

Amélie.

La grande privation.

Nous, pauvres gens, nous sommes vus priver de choses essentielles pour notre bonheur et pour la qualité de notre vie sur Terre.

Nous nous sommes d’abord vus priver de la source de l’Amour premier, Celui qui transcende tout, qui pardonne tout, qui répare tout, qui peut tout. Concrètement, en France et dans beaucoup de pays occidentaux, nous nous sommes vus dégoûter de l’idée d’un Dieu aimant et de la religion qui pouvait témoigner de Sa présence parmi nous. Les premiers responsables de l’oubli de cet Amour sont peut-être les représentants de cette religion eux-mêmes. Qui aurait voulu en effet croire en un Dieu aimant parmi des bonnes soeurs revêches, sévères, méchantes et moqueuses ? Des prêtres pervertis aux richesses du monde et concupiscents ? Des fidèles assistant à la messe pour faire bonne figure et rencontrer du beau monde, se fichant bien du sort du reste du monde, de l’urgence d’annoncer l’Amour à ceux qui ne le connaissent pas ? Les abandonnés, les maltraités, les pauvres, les clochards, ceux qui ont faim d’humanité et d’amour et qui n’ont parfois pas le privilège d’avoir connu l’Amour dès leur enfance ?

Avec la privation de l’Amour, du vrai Amour, est venue la privation de tout le reste.

La privation de la perspective de l’éternité dans nos vies et de la vie éternelle qui, pourtant, a le mérite de nous aider à affronter si ce n’est avec bonheur, au moins avec un peu d’espérance, les vicissitudes de la vie. La privation de notre capacité à vivre en prenant des décisions et en nous y tenant par Amour, même lorsque cela devient difficile. Notre capacité à tenir nos promesses car, au fond, nous savons les avoir prises par Amour. Notre capacité à construire nos vies en dépassant les imprévus et les nécessités de la vie, notre capacité à inventer, à créer et à tenir des projets, qu’ils soient maritaux, familiaux, professionnels ou artistiques.

Avec la privation de l’Amour est aussi venue la grande confusion entre l’Amour et la Sensation, entre la Liberté et la Passivité. On nous a ordonné de vivre selon nos besoins et nos désirs du moment, en cela, l’hédonisme ambiant est l’un des plus méchants mensonges que notre époque ait créés, il travestit la Liberté en Sensation. Nous nous sommes créé de fausses idées de l’Amour, de la Liberté et du Choix ; nous avons oublié ce que c’est que de Choisir, de Décider et de Vouloir pour de bon. Choisir de prendre et tenir des engagements par Amour. C’est notre humanité qui est encore ici en question, notre humanité en tant que chose capable de dépasser les contingences de la vie, de construire des choses éternelles lorsqu’elle fait preuve de persévérance et de courage.

Car c’est en dépassant les difficultés que nous nous épanouissons. C’est en construisant des projets qui durent, qui dépassent les événements que nous ne maîtrisons pas, que nous trouvons notre stabilité et notre bonheur. C’est une dimension éternelle en nous, enfouie en nous par Dieu au départ selon ce que je crois, qu’il nous faut entretenir pour rester dignes, heureux et joyeux. Car nous sommes des créatures divines, des créatures appelées à l’Amour et à l’Eternité, Amour et Eternité que nous connaitrons parfaitement quand nous rejoindrons notre Père au ciel.

L’amour et les conditions de l’amour.

La Miséricorde « a jailli des entrailles de Dieu pour la consolation du monde entier. » (Journal de Sainte Faustine, PJ 1517).

Dimanche dernier fut une journée de joie et d’épreuves lors de laquelle, à plusieurs reprises, je me suis retrouvée à discuter avec un certains nombre de mes proches de ce qu’est l’amour. J’observe que l’amour est bien difficile à définir en tant que tel. Je trouve plus facile de chercher les conditions qui favorisent sa naissance, sa croissance et son épanouissement.

D’abord, écouter l’autre, se mettre à son école, en s’oubliant soi-même s’il le faut.

Ensuite, et parce que l’on nourrit le souci et l’intérêt de cet autre, lui dire toujours la vérité sur ce que nous pensons. Fuir la duplicité, l’ambivalence et la séduction, favoriser la simplicité et la droiture tout en restant tendre. Droiture n’est en effet pas dureté. Un psy m’a dit un jour qu’aucune relation humaine ne devrait être teintée de violence quelle qu’elle soit. Aucune façon dure voire brutale de s’exprimer n’est légitime, même portée par des convictions profondes et par la volonté de bien faire. Venant d’une famille « au sang chaud » (une famille merveilleuse, il faut ici le rappeler) où l’on se met régulièrement en colère et où l’on affirme ses convictions brutalement (à l’aune de l’intelligence des uns et des autres), il m’a fallu et me faudra encore des années pour comprendre à quel point cette affirmation est vraie et bonne.

Ma prof de philo de terminale, parmi quelques assertions à mon sens assez fausses, nous fit voir un jour clairement cette vérité fréquemment observable : la brutalité voire la colère de quelqu’un n’est en général que la marque de la peine, de l’inquiétude voire la peur qu’il a pour lui-même. Interrogeons-nous donc sur ce qui nous fait nous mettre en colère. Bien souvent, les causes sont notre peur, notre orgueil ou notre jalousie (qui est elle-même une déclinaison de la peur et de l’insécurité). Les conditions de l’amour entre nous sont elles-mêmes conditionnées par l’amour et la tendresse que nous entretenons pour nous-mêmes.

Interroger et présenter à Jésus ces sources de notre brutalité, colère, de nos dépits, de nos rancoeurs, de notre dureté… peut aider à leur faire face, non pour chercher à les annihiler brutalement, mais pour les exposer au feu de l’Amour originel, celui de Dieu incarné par la personne du Christ. C’est avec le Christ que je parviens à m’aimer moi-même, à consoler mes peines, à apaiser mes peurs, à aimer mes manques, à gagner en humilité et à retirer en moi, tout doucement, chaque jour un peu plus, la colère, pour finir par me tourner vers l’autre avec la paix du coeur et pouvoir me mettre à son école.

Le Christ nous apprend en outre l’indispensable condition du prolongement de l’amour : le pardon. Le pardon n’est possible, (le demander ou le recevoir), que lorsque la personne s’est pardonnée elle-même et a travaillé les sources de sa colère. La capacité infinie du Christ à nous pardonner peut orienter notre propre capacité à nous pardonner les uns les autres. Sans pardon, et sans possibilité infinie de son renouvellement, l’amour ne peut durer et, chose plus grave, les âmes se dessèchent et peuvent finir par se noyer de colère, de rancoeur et de chagrin.

Renoncement et nouveaux dieux.

« On ne peut faire autrement. »
« C’est le sens de l’histoire. »
« Le progrès est là. »
« Que peut-on proposer d’autre ? »
« C’est la seule issue possible. »

Voilà le discours qui transparaît partout et qui nous amène à voter pour un monde multinational, vendu corps et âme aux multinationales, à l’Innovation, à la Technique, au Digital, à la Donnée, à la Blockchain, à la Start Up, à l’Intelligence Artificielle et à l’Écologie.

Quelle est « la seule issue possible » ?

Celle de reconnaître, non sans tristesse mais avec une ferme résignation, la défaite de l’Homme sur Terre car l’Homme est devenu un problème.

L’Homme s’abandonne car Il a définitivement renoncé à lui-même. Il a renoncé à son identité fondatrice de créature du Créateur. En maintenant ferme son état de créature, il eût pu espérer continuer à faire de grandes choses sur la Terre, des choses qui l’élèvent vers le Ciel tout en continuant d’embrasser sa condition proprement et pauvrement humaine : de la création artistique qui traverse le temps et les subjectivités, des progrès scientifiques au service de la raison, des œuvres qui ne massacrent pas son environnement.

L’Homme terrassé et séduit par la Bête, technique et merveilleuse, fantastique d’efficacité et de garantie de jouissance, lui étant tout acquis, ayant perdu la Foi, ayant accepté, en pleurant, avoir perdu la Foi, se retrouve paradoxalement voué à de nouveaux dieux : d’abord, il y a plusieurs décennies, la Consommation, la Liberté et l’Argent, puis maintenant plutôt le Bonheur, l’Amour, la Technologie, la Nature.